Le grain n'est pas un choix
Il y a quelques temps, un ami m’a dit : « ton style en fait c’est juste du grain à outrance, rien d’autre. » Il a raison sur la présence du grain. Il n’a pas compris ce qui relie fondamentalement toutes mes images.
Lorsque je compose une série, je ne cherche pas à représenter le réel; je cherche à y introduire des accidents volontaires. Le flou, le désaxement, le bruit. Ces imperfections ne sont pas des erreurs de prise de vue ni des effets ajoutés après coup. Elles sont des décisions. Ce que je retiens d’une scène n’est jamais ce qu’elle ressemble, c’est ce qu’elle m’a fait.
Le grain est la forme la plus directe de ça. Sa présence dit quelque chose sur l’intensité du moment, sur la vitesse à laquelle j’ai déclenché, sur la lumière que je refusais de corriger. Il porte la texture du vécu plutôt que sa version propre. Quand je regarde une de mes images fortement bruitée, je n’y vois pas un défaut technique, j’y retrouve un état. Souvent de la nostalgie. Souvent quelque chose qui touche à l’éphémère, à ce qui disparaît pendant qu’on regarde ailleurs.
Nous sommes des êtres passagers qui agissons comme si ce n’était pas le cas. Mes images n’essaient pas de l’oublier.
Ce n’est pas une photo avec du grain : c’est une représentation de la tristesse, de la nostalgie, de la solitude, de l’éphémère.
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